Un diable dans la glotte ?

« Derrière un ballon de riesling moitié-vide moitié-plein, naviguons d'une digression à l'autre, devisons de l'actualité judiciaire, politique, culturelle ou tout simplement et largement sociale... en tentant d'échapper aux sentiers balisés de la bien-pensance, sans s'interdire de remarquer qu'on peut aussi aisément être le bien-pensant d'un autre. »

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jeudi XVI avril MMIX

Les évènements du G20 à Londres nous donnent un aperçu de la perception du sens de l'action policière outre-manche - et nous pouvons sans péril remarquer qu'elle n'est pas si divergente de celle que nous connaissons.

Ainsi, nous apprenons que l'agent de police filmé portant une gifle et un coup de matraque télescopique à une manifestante, après avoir supposément été insulté par celle-ci (« He is shown hitting the woman in the face with his hand and her leg with his baton after allegedly being sworn at »), a été suspendu le temps de l'enquête (BBC, 15 avril 2009 - lien). Dit ainsi, une telle suspension ne surprendra personne, et l'on suivra sans discuter les interrogations des divers élus Liberal Democrats ou Green Party, voire de militants d'entités diverses et variées impliquées directement dans les manifestations. "It is no doubt a pressure cooker environment, however highly trained professionals are supposed to be better at defusing the situation", nul ne soutiendrait le contraire. Et les élus, tel David Howarth, porte parole Lib Dem concernant la Justice, d'affirmer que ce type de dérapages ne peut être considéré comme des méfaits individuels mais comme un problème systématique (« there is a systematic problem here, not just a series of individual acts of misconduct »), demandant de ce fait une enquête de grande ampleur (« a full-scale inquiry »). Car cette vidéo est une parmi d'autres similaires, un exemple parmi d'autres de ce type d'incidents qui ont émaillé le G20.

Regardons tout de même un instant cette vidéo :

Nous y voyons un groupe de policiers, clairement identifiés comme tels, qui semblent faire un petit barrage, ou en tout cas faire en sorte de constituer un groupe homogène parmi les manifestants, en conservant autour d'eux un périmètre de sécurité.

Ensuite, nous y voyons la demoiselle victime des coups qui, loin de se contenter de tenir des propos injurieux, vient, à plusieurs reprises, au contact du policier mis en cause. Nous entendons très distinctement le policier lui dire « Go away! », mais elle revient à la charge néanmoins. Lorsqu'elle est souffletée, elle est à moins d'un mètre de lui : le policier ne vient pas à elle mais, sans se déplacer, la repousse, elle est à portée de main. Après cette gifle, elle revient face au policier. C'est alors qu'il sort ce qui semble être une matraque télescopique et porte un coup au niveau des jambes.

Si nous décomposons cette scène en se plaçant dans la perspective du policier, dont la tâche ici est d'assurer sa sécurité et la sécurité de ses homologues, il en ressort que : un individu que nous appellerons A, ostensiblement vindicatif, vient à lui et vient dans le dos de ses homologues, ce qui constitue un danger objectif ; A est une jeune femme et n'a pas le gabarit ni l'allure d'un guerrier sanguinaire, néanmoins un policier est formé à être suspicieux face à l'inconnu et non pas à se reposer sur des postulats hasardeux ; verbalement, il demande à A de s'éloigner, ce qui s'avère d'un effet limité ; il s'occupe d'autres individus au comportement similaire quand A revient à son contact, il fait donc des mouvements de bras, sans chercher le contact mais à portée symbolique, pour repousser A ; A s'éloigne brièvement et revient à son contact, si proche que A est à portée de main au sens propre, donc ébréchant sans nul doute ce qui est considéré en sport de combat comme la zone de sécurité ; le policier ne peut donc tolérer une telle proximité et c'est normal qu'il repousse physiquement, de la main, A ; aussitôt repoussé, A revient à son contact ; la parole n'a pas suffit, les gestes symboliques n'ont pas suffit, la violence très légère de la gifle n'a pas suffit, que reste t-il sinon un moyen intermédiaire de défense tel qu'une matraque télescopique ?

Bien entendu, il n'est pas admissible de briser des os simplement pour repousser un individu vindicatif. Mais nul ne semble savoir à ce stade quelle est l'ampleur des blessures de A. Cet individu n'est pas identifié autrement que par le prénom « Nicky » (« The woman who was seen being assaulted by the officer has been identified only as Nicky »), ce qui signifie donc qu'elle n'a pas déposé plainte et n'a pas été vue par un médecin immédiatement après les faits. Vu les images, nous ne pouvons absolument pas exclure que le policier ait frappé sur les masses musculaires de A, ce qui ne devrait pas entraîner de blessures particulières, sinon un hématome.

Qu'en penser ? Bien évidemment, ce n'est pas sur la simple base d'une vidéo sur YouTube que la Justice doit être rendue. Nul ne peut se faire de religion sur ce simple fondement. C'est vrai dans un sens comme dans l'autre. Nous pouvons néanmoins affirmer que cette vidéo n'est pas, alors qu'elle est présentée comme telle, prodigieusement incriminante pour le policier, dont le modus operandi semble cohérent, gradué dans le recours à la coercition, objectivement nécessaire afin d'assurer la sécurité de ses homologues. Le fait que ni le Met ni aucun élu ne soit cité tenant ce langage là en dit assez long sur le traitement que le Royaume-Uni réserve à ses forces de l'ordre.

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1. Surprise

Bonjour,

Je n'avais pas visionné la vidéo soi-disant incriminante avant la visite de votre blog et m'étais fié à la presse sans m'intéresser à ce fait divers plus que ça.

Je dois dire qu'à la vue de la vidéo je partage entièrement votre critique.

Si force doit rester à la loi, alors ce bobby a agit professionnellement.
Si en Angleterre, comme en France, les forces de l'ordre doivent faire fi des méthodes de maintien de l'ordre enseignées en école alors lynchons le comme les médias se plaisent à le faire.

Posté le 2.05.2009 à 2h20 par Bernard
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