Un diable dans la glotte ?

« Derrière un ballon de riesling moitié-vide moitié-plein, naviguons d'une digression à l'autre, devisons de l'actualité judiciaire, politique, culturelle ou tout simplement et largement sociale... en tentant d'échapper aux sentiers balisés de la bien-pensance, sans s'interdire de remarquer qu'on peut aussi aisément être le bien-pensant d'un autre. »

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C'est un magistrat qui vous le dit

vendredi XIII février MMIX

Dans mon billet précédent, j'évoquais cette passion journalistique pour le thème de la garde à vue, au point que paraissent des articles dont, comme le soulignait un commentateur, on ne parvient pas à saisir la finalité (lien). Mais, à dire vrai, si l'on devait se soucier de toutes les absurdités et folies de nos media, ce serait sans fin. C'est, toutefois, plus intriguant lorsque le propos sort de la bouche d'un magistrat et que celui-ci commence son propos par « C'est un magistrat qui vous le dit » (lien).

Ce magistrat, c'est Dominique Barella. Du Syndicat de la Magistrature ? Pas même, non, de l'Union Syndicale de la Magistrat, ancien membre du Conseil Supérieur de la Magistrature (lien), excusez du peu.

Et celui-ci, sur son blog, avise ses lecteurs de ne pas « sortir sans votre avocat », car, dit-il, « La liberté d'aller et de venir tend à s'évaporer dans notre pays. Alors soyez prudents, ne sortez plus sans le numéro de portable d'un avocat dans votre poche : il est votre paratonnerre juridique en période d'intempéries pour nos libertés publiques ».

Il étaye son propos de la manière suivante : « le nombre des mises en garde à vue totalement inutiles de citoyens suit une progression constante » ; « Toute vérification d'identité peut se transformer en outrage à agent de la force publique, infraction qui connaît une expansion importante » ; « tout contrôle d'alcoolémie, même à vélo, peut se terminer par un menottage avec garde à vue à suivre jusqu?au lendemain » ; « un mandat d'amener ou un simple contrôle peuvent déraper en fouille à corps, ce qui n'est pas plus acceptable que l'humiliation par l'état des locaux de garde à vue, par le menottage inutile, par les déshabillages réglementaires imposés dans les commissariats comme des méthodes d'enquête » exposé par « l'ancien directeur de la publication de Libération ».

Et il apporte ensuite la conclusion suivante : « ne plus laisser aux policiers la décision de mettre une personne en garde à vue devient une mesure de sauvegarde de la population ».

Sur la forme, il y a beaucoup à redire. Nous avons là un magistrat éminent qui ignore, ou feint d'ignorer, le Code pénal et le Code de procédure pénale. Ainsi, il méconnaît le fait que la conduite d'un cycle en état d'ivresse manifeste est réprimée de la même manière que la conduite d'un véhicule à moteur. Il mélange la rétention administrative pour ivresse publique manifeste avec la garde à vue. Il parle de fouille à corps là où il est question de fouille de sécurité.

Mais le fond est encore pire.

Il est manifeste que ce magistrat a un regard éloigné des réalités quotidiennes de la garde à vue. Ainsi, il conteste les fouilles de sécurité et le menottage « inutile », mais pas un seul instant il ne conteste les textes de loi qui rendent policiers et gendarmes entièrement responsable des faits et gestes des personnes appréhendées ; une posture intenable dans les faits, les exemples récents et médiatisés d'interpellés se jettant dans le vide ou dans des fleuves en attestent, tout comme les tentatives de suicides qui se produisent régulièrement dans les locaux de garde à vue au moyen d'objets laissés à l'occasion de fouilles incomplètes. Il parle aussi de l'état des locaux de garde à vue, comme si les policiers et gendarmes étaient responsables de l'état de délabrement des locaux des Institutions françaises.

L'apogée de la démence, c'est qu'un magistrat, haut fonctionnaire, censé incarner la finesse de vue et la capacité de jugement raisonnable, la mesure et la pondération, nous assène de telles condamnations - ainsi il y aurait de nombreuses gardes à vues « totalement inutiles » ? Lesquelles ? lien - en l'absence de tout élément vérifiable. Bref, il s'agit d'une condamnation absolument gratuite, le tout sous couvert de sa fonction. Quelle réserve !

Je ne regrette évidemment pas, pour mon pays, le déclin de l'extrême-droite. Toutefois, il faut tout de même remarquer que ce déclin provoque un renouveau des préoccupations libertaires puériles de magistrats qui n'assument pas la dimension répressive de leur fonction. Alors que la fréquentation des tribunaux de Créteil ou Bobigny indiquent qu'il y a d'autres problèmes bien plus immédiats que les petites angoisses des directeurs de la publication de canards d'extrême gauche (lien).

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«  3 avril, NATO NO?   

    6 février, Martyrologe usuel »

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