Un diable dans la glotte ?

« Derrière un ballon de riesling moitié-vide moitié-plein, naviguons d'une digression à l'autre, devisons de l'actualité judiciaire, politique, culturelle ou tout simplement et largement sociale... en tentant d'échapper aux sentiers balisés de la bien-pensance, sans s'interdire de remarquer qu'on peut aussi aisément être le bien-pensant d'un autre. »

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L'austérité, un principe oublié ?

mercredi XVII décembre MMVIII

Je ne commenterais pas, ce jour, le principe de création d'un « commissaire à la diversité » chargé de la « mobilisation de toutes les ressources de l'État et de la société en faveur de la lutte pour la promotion de la diversité » (lien - Le Figaro, ce jour). Le choix même du mot diversité appelle à discussion. Et le racisme me semble être devenu si prégnant qu'on n'a pas hésité à demander à une commission Veil de réfléchir à l'introduction de concepts ethnicisants dans notre constitution - introduction heureusement repoussée par ladite commission (lien). Non, je m'abstiens car j'observe que mon point de vue à ce sujet n'a pas changé depuis 2005 (lien), même s'il s'est depuis solidifié de nombre d'exemples épatants (L'Oréal revendique une sélection ethnique de son personnel : lien ; Avec l'approbation et le support l'ANPE, la SNCF recrute selon des critères autres que les vertus et talents des postulants : lien ; Un élu de la République considère que le concept de citoyenneté est une discrimination insupportable : lien ; etc), même si les propos d'extrémistes marginaux autrefois (lien) semblent aujourd'hui porté par les gouvernants. Non, si je reste persuadé que le racisme dit positif est un des périls actuels notable pour notre République (lien), je dois avouer n'avoir rien d'innovant à y redire.

Je me contente de remarquer que ces temps de crise économique, après l'apparition d'une UMP qui expliquait aux pouilleux que des temps de rigueur allaient venir (ce faisant, ils augmentaient le traitement plus que généreux que notre Nation leur accorde), je suis à présent incapable d'énumérer le nombre de « commissaire à », de secrétariat d'État de ministères qui sont apparus ces dernières années, sous la houlette de notre actuel président de la République. De la part d'une majorité qui nous explique l'importance du désengagement de l'État ici et ailleurs, j'ai le sentiment que si on peut facilement mesurer le nombre de suppressions d'emplois de fonctionnaires (y compris dans des domaines où l'on ne peut, à l'échelle du pays, dire avoir pleine satisfaction et excès de personnel), on mesure plus difficilement l'apparition et le coût de l'ensemble de ces nouvelles fonctions et entités dont l'utilité semble loin d'être démontrée.

A l'heure d'internet, je trouve étonnant que les citoyens ne puissent toujours pas consulter, de manière compréhensible, l'ensemble des dépenses de l'État, les voir exposées et justifiées. On comprendrait d'autant mieux les frais de représentation et de bouche, si on pouvait les quantifier. Si, par le racisme dit positif, on met à mal l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, on n'est guère diligent quant à la mise en oeuvre des articles 14 (« Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée ») et l'article 15 (« La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration »). Et je ressens ces jours ci, promptement, une forte irritation à voir ces élus dans des berlines de luxe (munies de plus de gyrophares - alors qu'on voit mal la justification légale d'un attribut de véhicule intérêt général prioritaire dans la voiture d'un simple maire ou député), les derniers gadgets hi-tech en main, aller de petits fours en garden-party, donner des leçons au reste de la société au nom de leur haute fonction improductive.

Je pense que notre actuel président de la République ne mesure pas bien l'effet plausible de la transformation de la politique en business. Le peuple est peut-être constitué majoritaire de moutons... mais quelques loups rôdent.

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« 18 décembre, De la valeur probante des contraventions à la volée (et la proposition de leur suppression)   

   30 novembre, Le quatrième pouvoir en difficulté ? »

1. Publié sur le Figaro quelques heures après cet article

Je ne suis apparemment pas le seul à m'interroger sur les finances étatiques :


« Si l'augmentation de 9,2 millions d'euros du budget 2008 était prévue depuis le mois d'octobre, l'expert des comptes élyséens René Dosière critique la façon dont elle a été faite.

L'Elysée vient d'augmenter de 9,2 millions d'euros son budget initial pour 2008, soit une hausse de 9,1%, portant le budget total à quelque 110 millions d'euros, affirme le député apparenté PS René Dosière. Une augmentation prévue depuis le mois d'octobre, mais qui s'est faite dans la plus grande discrétion, selon le député de l'Aisne.

«Cela s'est fait par un décret de transfert de crédits et publié au Journal officiel électronique du 14 décembre», et non par un vote parlementaire dans le cadre de la loi de finances rectificative, précise le parlementaire, expert des comptes élyséens depuis les années Chirac.

Vérification faite, un décret au JO du 14 décembre prévoit effectivement 9,2 millions d'euros pour la présidence de la République, sous forme «d'autorisation d'engagement» et de «crédits de paiement». Et au profit de l'Elysée, ce sont les missions de la Défense (5,3 millions) et de la Sécurité (3,9 millions) qui ont dû rogner sur leurs budgets initiaux. Le décret est paraphé par le premier ministre François Fillon et le ministre du Budget Eric Woerth.

Ce que critique le député Dosière n'est donc pas l'augmentation en tant que telle, mais bien la discrétion dont a fait preuve la présidence de la République quant à cette rehausse budgétaire. «Contrairement à l'an passé, l'Elysée n'a pas utilisé la procédure transparente de la loi de finances rectificative qui est actuellement en cours de discussion au Parlement», commente René Dosière.

Et le député de l'Aisne d'ironiser enfin sur le fait que cette «procédure discrète» publiée dans le Journal officiel électronique n'est pas reprise dans l'édition papier du JO, «sans doute par respect du Grenelle de l'environnement et de la lutte contre la déforestation». »

Source : Le Figaro, 17 décembre 2008
<lien>

Posté le 18.12.2008 à 13h15 par Enclume des Nuits (auteur du blog)

2. Diversité

Cette question de la diversité me met très mal à l'aise. Le mot lui-même fait partie de ce vocabulaire politiquement correct euphémisant (comme de dire une personne âgée au lieu d'un vieux). Je ne me suis guère penché là-dessus en tant que sociologue, mais je crois que je vais m'y mettre. En effet, s'il y a une vie sociale et pas seulement une vie naturelle, c'est parce que nous (êtres humains) sommes des personnes et pas seulement des individus ou des sujets. La personne en tant que telle (contrairement à l'individu et au sujet) n'a ni race ni sexe. Elle est capacité à faire de l'histoire, autonome au sens étymologique (auto-nomos, auteur de sa propre loi, cf. ce que dit Sophocle d'Antigone dans la tragédie du même nom). Cette notion de personne est proche de la notion de personnalité juridique, que nous avons hérité, si je ne m'abuse, du droit romain. Or la notion de diversité, sous prétexte de non discrimination, insiste d'abord sur des caractéristiques naturelles (sexe, "race", handicap...). Il n'y plus de personne mais des individus définis par une "essence" (femme, noir...) et cette essence donne des droits particuliers. Le racisme -- qui est toujours un essentialisme -- est bien là. D'où aussi la confusion du genre grammatical et du sexe biologique. Le français a toujours féminisé certains noms de métiers (la boulangère, la fermière, la baronne...). Donc pourquoi pas la présidente, la maîtresse de conférences... cela ne contredit pas le génie de la langue. Mais il faut remarquer aussi que des mots qui désignent aussi bien des hommes ou des emplois le plus souvent masculins sont de genre féminins : la personne justement, la sentinelle, la garde, l'estafette (bizarrement dans le domaine militaire, pourtant un des plus masculins jusqu'à présent). Si on pousse au bout la logique (essentialiste) de sexualisation des emplois, on devrait masculiniser ces termes à chaque fois que l'emploi est occupé par un homme... Sauf que justement, on s'en fiche pas mal du sexe ici : ce qui compte c'est la responsabilité. Il faut que l'estafette, homme ou femme, on s'en fiche, fasse bien son métier de transmettre les dépêches, etc.

Posté le 23.12.2008 à 21h11 par Jean-Michel

3.

En effet, vos exemples (sentinelle, estafette) montrent le ridicule d'une féminisation à tout prix des mots, qui fait passer à côté de l'essentiel (la nature de l'emploi).

Je pense qu'on passe aussi à côté de l'essentiel lorsqu'on force l'association d'un métier à un genre - maître, maîtresse, pourquoi l'un serait faux ? Lorsque ces mots servent à définir l'individu (et non conceptualiser son activité), il est normal qu'ils soient adaptés. On dit parle de la boulangère pour désigner une femme qui commerce du pain - on parle de la garde comme d'une mission, et elle est constituée souvent de plusieurs gardes (individus).

Quoi qu'il en soit, je vous encourage à vous pencher sur l'emploi actuellement fait du concept de diversité. Je pense, comme vous le suggerez, que ces modes là remettent au goût du jour, de manière travestie, le bon vieux racisme d'autant.

Posté le 25.12.2008 à 18h10 par Enclume des Nuits (auteur du blog)
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